Avant j’avais des principes (l’alimentation)

Et maintenant, j’ai des enfants. Vous la connaissez cette phrase ? Elle vous amuse ou vous énerve ? Je dois reconnaître que dans mon cas (ou dans notre cas : rendons à leur père ce qu’il leur donne aussi), elle est assez juste.

Avant, on se dit que ils devront goûter un peu de tout, qu’on ne leur criera jamais dessus, ce genre de choses.

Après, on finit par leur hurler dessus parce qu’ils ne veulent pas manger ; vous voyez ce que je veux dire, hein ? Pour gagner en sérénité, je note ici l’importance d’être inconstant.

Mon aîné mangeait de tout, ou presque, ou en tout cas goûtait à tout. Et puis du jour au lendemain, il a cessé de s’alimenter, ou presque. Il faut avouer qu’il n’a certainement pas eu cette idée tout seul : son père et moi avons aussi joué à la grève de la faim pendant un moment. Nous étions tous plein d’angoisse car ma santé était (très) mauvaise, et malgré tout l’amour que nous portons à notre petit garçon, malgré toutes les paroles rassurantes et réconfortantes que nous avons pu lui prodiguer, nous n’avons pas su ou pu empêcher qu’il soit inquiet à son tour.

Les semaines passant, nous avons recommencé à nous alimenter, mais lui est resté campé sur ses positions. Nous avons continué à lui préparer des purées, car c’est ce qu’il préfère, mais il les refusait systématiquement sans même vouloir y goûter, en réclamant uniquement du dessert. J’ai le souvenir cet été de deux ou trois repas catastrophiques où nous lui avons fourré de force une cuillère dans la bouche en hurlant plus fort que lui. Côté principes, c’était presque nickel. Dans la vraie vie, c’était simplement contre-productif (d’autant qu’il recrache, le bougre) sans parler des pleurs.

Je remercie ici ma pédiatre, mes lectures, mon mec et si un jour je gagne un Oscar, promis je bosserais plus mon discours.

A toutes mes questions sur la nourriture en termes de quantité ou de diversité, ma pédiatre répondit par On s’en fout. Et en fin de compte, on a réalisé qu’elle avait sacrément raison et décidé de l’écouter.

Il y a un moment où il mangera correctement. Ce qu’on lui prépare n’est pas un don ; ou plutôt, même si on lui prépare amoureusement des petits plats (notre Œdipe va bien, merci), pour lui ce n’est pas un cadeau mais simplement de la nourriture/ Et il y a bien suffisamment de risques de développer un jour des troubles alimentaires, pas la peine de les favoriser dès la petite enfance. Faire de la nourriture un enjeu est une erreur grossière.

Surtout que l’enfant, loin d’être idiot, comprend à quel point la nourriture (comme le sommeil, paraît-il) est objet d’inquiétude et crispation pour ses parents : quel plaisir d’avoir tant de pouvoir sur eux !

Il ne veut pas manger ? Ça serait bien de goûter, parce que manger un peu de tout aide à bien grandir, et puis tu aimeras peut-être. Il s’entête ? On s’en fout. Ce n’est finalement pas bien grave, et on proposera à nouveau la fois suivante. On lui proposera de goûter à notre repas, on le fera cuisiner avec nous, on lâchera du lest, et il en lâchera aussi. Même si ça prend longtemps.

J’ai des enfants, et j’ai toujours des principes. Mais ils ont beaucoup changé concernant l’alimentation.

Avant, c’était on goûte de tout. Maintenant, c’est on propose systématiquement.

Avant, on s’assure que l’enfant a correctement mangé. Maintenant, on s’assure qu’il a bien mangé à sa faim, et pour un appétit d’oiseau comme celui de mon moineau cela peut vouloir dire faire un repas sur deux.

Avant, c’était on mange ce qui est dans l’assiette. Maintenant, je le fais parfois aider à la préparation du repas (jamais eu de problème pour qu’il racle la casserole de chocolat quand je prépare un gâteau), si possible le faire choisir entre deux menus (type pâtes ou riz ?) avant de préparer le repas, ou je tâche de lui propose un reste d’autre chose s’il refuse ce qui était prévu, et s’il n’en veut toujours pas : je n’en fais pas un plat.

Je reste intransigeante sur un point : s’il refuse de manger quelque chose (au hasard : le plat), il n’a pas droit de s’empiffrer de ce qu’il aime (genre : se taper une demie baguette à lui tout seul) pour compenser. En revanche s’il est affamé et dévore son repas, je peux lui proposer un yaourt supplémentaire, par exemple. Parce que pour le coup, je ne veux pas qu’il s’habitue à se nourrir uniquement de produits sucrés « doudoux ». Je ne suis pas à l’abri de changer un jour d’avis sur la question, évidemment.

En attendant, nos repas ont incroyablement gagné en sérénité, et ce de façon quasi immédiate dès lors que nous avons cru et appliqué ce fameux On s’en fout. Et petit à petit, notre fils s’est remis à manger autre chose que de la baguette et accepte même de goûter à des aliments qu’il ne connait pas. Autrement dit, quitte à faire oeuvre de patience, je préfère que ce soit dans le respect de son appétit et de ses (dé)goûts plutôt que dans les hurlements. Et jusque là, on est redevenus plutôt très zen, merci :)

Publié par

Amandine

Working girl au repos forcé, hyper active et organisée (ne pas confondre avec "control freak"). Aimant les listes (sauf les listes de listes). Ayant survécu à deux accouchements.

2 réflexions au sujet de « Avant j’avais des principes (l’alimentation) »

  1. «ouiiii moi je m’en fiche s’il mange pas c’est son problème»… Et le douloureux souvenir de ces repas à tout tenter, à s’énerver, j’ai encore le ventre noué quand je me souviens comment j’ai failli lui faire mal en lui fourrant de force la cuillère dans la bouche.
    Maintenant je commence à y arriver mais mon mari toujours pas, s’il ne mange pas c’est le drame (il va se réveiller affamé à 4h du matin et va devenir tout maigre), s’il demande à être resservi c’est le drame aussi (c’est beaucoup trop, il va être malade et va vomir /o\ ). Lui qui est le mangeur équilibré et raisonné de la famille a encore du chemin à faire pour laisser son fils être comme lui.
    Notre problème à nous est que ça n’intéresse pas du tout notre fils, de manger, il préfère faire n’importe quoi d’autre alors il papillonne, discute, et ça prend des heures (20mn, quoi…)

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